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La dispute entre le tigre et le dragon

La dispute entre le tigre et le dragon correspondait à la bataille entre les deux principes du ciel et de la terre

 

Les annamites, anciens vietnamiens, représentaient souvent une scène essentielle pour eux : la dispute entre le tigre et le dragon. Si bien qu’on la trouvait dans les broderies, les tentures, les tableaux…

 

L’ermite au sortir de sa caverne

Même si l’histoire pourrait être chinoise, les vietnamiens la plaçaient dans la province de Hai – Duong. Dans cette région, une montagne était emblématique : le Phu’o’ng Hoang. On y trouvait une caverne coincée dans une zone déserte.

Toutefois, à une époque reculée, sous la dynastie des Hô, elle fut le refuge d’un homme Nguyen, qui fuyait les chinois. Suivant les principes taoistes, il y vécut pendant de nombreuses années, se nourrissant très peu.

 

La rencontre d’un dragon et d’un tigre

Un jour, en se promenant, il vit dans le ciel un dragon jaune jouer avec une perle. Peu de temps, ensuite, il vit un tigre blanc arriver et regarder le dragon, sortant ses griffes. De son côté, le monstre céleste ne bougeait pas et feignit de ne pas l’avoir vu.

 

Alors, le tigre fut le premier à parler, indiquant qu’il était le roi de tous les animaux à poils et lui ordonnant de dire qu’il était, n’hésitant pas à le menacer.

Alors le dragon lui rétorqua qu’il était le roi des animaux à écailles et le premier des animaux symboliques. C’est ainsi que le tigre comprit à qui il avait affaire et juger mieux d’éviter le corps à corps. Cependant, d’humeur vantarde, il l’appela à un duel oratoire.

La lutte oratoire entre le dragon et le tigre

Gustave Dumoutier, dans les Les symboles, les emblèmes et les accessoires du culte chez les Annamites décrit le dialogue de la manière suivante :

LE TIGRE. — Le seul rugissement du tigre dans la caverne provoque la tempête, osez-vous bien vous comparer au tigre?

LE DRAGON. — Le simple souffle du dragon dans l’eau du lac amoncelle les nuages et déchaîne les typhons, comment avez-vous l’audace de vous comparer au dragon ?

LE TIGRE. — Sous le règne des Chu, un tigre suffit à pacifier le royaume, mon mérite est égal à celui de dix généraux. Lorsque le ciel s’ouvre aux premières lueurs du jour, le dragon se hâte de s’enfuir la queue basse. Est-il quelque autre chose qui vous fasse peur ?

LE DRAGON. — Le dragon du lac a ramené la paix sous la dynastie des Du’o’ng . Deux fois sur dix, les Du’o’ng doivent à l’intervention des dragons ce qui leur est arrivé d’heureux. Lorsqu’il rencontre Xao Duc La, le tigre est comme muselé, il n’ose remuer ni la queue ni les lèvres. Quand vous êtes ainsi terrifié que ne demandez-vous mon appui?

LE TIGRE. — Les sauvages des montagnes me redoutent. Autrefois Lu’u Luy tua le dragon et donna sa chair à manger au roi. N’avez-vous pas honte de paraître devant mes yeux?

LE DRAGON. — Sous la dynastie des Han, un dragon se métamorphosa en un nuage de cinq couleurs et vainquit les troupes ennemies. Phung- Phu descendit de son char pour combattre le tigre et le tigre fut tué. Comment osez-vous donc élever la voix devant moi ?

LE TIGRE. — Un tigre mandarin gardait à Hanoï le palais des rois et les gens les plus redoutables le craignaient; mais le dragon aida l’ennemi à s’emparer de la capitale. Pourquoi fûtes-vous infidèle à votre roi ?

LE DRAGON. — Le dragon Khong-Minh, à la montagne de Long-Trung, aida le roi Han à conquérir son royaume. Il fut assisté de Si-Nguyen qu’on avait surnommé le Jeune,Aigle. Le tigre eut peur à Côn Du’o’ng, il s’enfuit au huyen de Hoang- Nong. Comment avez-vous pu montrer autant de lâcheté?

LE TIGRE. —Chu Xuông put être roi parce qu’il avait des sourcils de tigre. Une reine naquit de la salive du dragon et elle compromit l’héritage des Chu. Si le ciel permit alors l’amoindrissement du royaume n’est-ce pas la faute du dragon ?

LE DRAGON. —Vu’o’ng-Mang avait les qualités du dragon, c’est pourquoi il devint roi ‘. Tôn-Quyên du pays de Giang-Dong ne put jamais parvenir au trône parce qu’il avait la férocité du tigre.

LE TIGRE. — Il est écrit dans le Diêc-Kinh que le saint fut changé en tigre; cette faveur fut également accordée aux rois Thanh et Vu. Y a-t-il des exemples de rois changés en dragons ?

LE DRAGON. — Il est écrit dans le diagramme Kien du Diêc-Kinh que les rois Nghieû et Tuân furent changés en dragons. Comment un tigre peut-il ignorer cela?

LE TIGRE. — Au combat de Boc, les soldats ne remportèrent la victoire que parce qu’ils étaient vêtus de peaux de tigres. L’État est redevable de ce succès à mon poil et à ma peau.

LE DRAGON. —-Tout le monde sait que si un étudiant, tenant ma barbe, récite la formule Chu- JBiên, il est sûr de réussir aux examens et d’acquérir une grande réputation. Tous les succès littéraires sont dus à ma barbe.

LE TIGRE. — Le simple rugissement du tigre mit en fuite les ennemis du nord, ceci est écrit dans le Diêc-Kinh, le tigre Thanh a délivré le pays de Bach-Mâ, l’histoire a enregistré ce haut fait.

LE DRAGON. —Le dragon a porté au roi de Tông la nouvelle de son avènement au trône. Le dragon blanc apparut en songe à Nhu-Ngu et lui enjoignit de se mettre à la tête des troupes. Les annales dynastiques en font foi.

LE TIGRE. — Le roi Van-Vu’o’ng fit sortir de prison le tigre Son-Haui et lui offrit le pays de Lac. Le tigre blanc peut être fier de cette distinction.

LE DRAGON. — Le dragon jaune du fleuve a sauvé le roi Dinh-thien-Hoang de la vase du marécage ; quel mérite est comparable à celui du dragon jaune ?

LE TIGRE. — Le roi Tuyên-VuVng de la dynastie Chu envoya le tigre faire la guerre au Hoai-Ri, et il remporta un plein succès. Quant au dragon Thach qui aida Lu’u-Huyên  à vaincre les Chinois, son crime est immense et ne saurait jamais être effacé.

LE DRAGON. — Sous les règnes de Thuân et de Ngu, le royaume était en paix grâce aux bons offices du dragon. Les crimes du tigre Sung-Hâu qui suivait le roi Kiêt étaient si nombreux que les bambous de la montagne ne suffiraient pas à faire des pinceaux s’il fallait les énumérer.

LE TIGRE. — Une tigresse allaita un prince de la dynastie Côc. Ce prince est devenu l’une des colonnes du royaume, c’est écrit dans le Ta- Truyen, l’ignoriez-vous ?

LE DRAGON. — Un dragon eut commerce avec Bac-Co et elle enfanta le roi Van-Dê de la famille Han, le sang du dragon coule ainsi dans les veines de nos rois; ceci est écrit dans l’histoire, l’avez-vous oublié ?

LE TIGRE. — Tào-Thuc, pendant le temps qu’il faisait sept pas composait un poème ; ce savant était de la race des tigres, le saviez-vous ?

LE DRAGON. — Le dragon Lu’u-Hiêp était le plus lettré de son temps, il a composé le Diêu-Long, L’ignoriez-vous ?

LE TIGRE. — Les Han postérieurs avaient à leur service cinq généraux forts comme des tigres et le royaume était invincible, huit dragons voulurent les combattre, ils furent honteusement défaits. Que valent donc huit dragons ?

LE DRAGON.— Lorsque sous la dynastie Du’o’ng le cheval-dragon vint recevoir le roi, deux tigres s’élancèrent pour le dévorer, Biên-Trang les transperça de son épée. Que valaient donc ces deux tigres ?

LE TIGRE.—Le dragon, dans les temps de trouble, devient comme un ver de terre, comme un vil reptile; il est semblable à Công-Thon qui, comparé ‘à la grenouille regardant le ciel du fond d’un puits, fit tant rire Ma-Viên.

LE DRAGON. — La peau du tigre est comme celle du chien et du mouton; aussi, ne pûtes-vous éviter les moqueries de Doan-Moc. ;

LE TIGRE. — Celui qui passe à contresens sa main sur les écailles du dragon doit mourir, pourquoi donc êtes-vous si cruel envers les hommes ?

LE DRAGON. —Hang-Ba voulut offrir de la viande au tigre qui n’osa la manger ; êtes-vous donc aussi pusillanime ?

LE TIGRE. — Le dragon s’habille de feuilles et le pêcheur le prend comme un poisson.

LE DRAGON. — En entrant dans la cage pour prendre le porc, vous remuez triomphalement la queue, ce qui ne vous empêche pas de vous laisser capturer par le vieux paysan.

LE TIGRE. — Dans chaque écaille du dragon il y a un serpent venimeux; vous êtes le plus dangereux, le plus immonde des reptiles. Un jour que vous étiez en péril, si Tôn-Châu ne vous eût pas secouru, on eût vendu votre, chair à la boucherie.

LE DRAGON. — Il est très regrettable que vous ayez un os au fond du gosier; si le lettré Quach- Dao ne vous eût sauvé jadis, votre tête eût été dans le vase où l’on urine.

En entendant cette phrase, le tigre ne répondit pas et s’en alla.

 

La signification de cette lutte

Le sage qui avait entendu toute la dispute, courut voir un philosophe : « Lequel vaut le mieux ? Le tigre ou le dragon ? »

En première réponse, le philosophe voulut esquiver en indiquant que les deux animaux ne font que se dire des injures tels des rivaux.

Toutefois, il se reprit, prenant confiance face à son interlocuteur. Il expliqua que la combinaison de deux principes permettait la production d’animaux par le ciel et la terre : le Am et le Du’o’ng. Le premier est le tigre et le second est le dragon. Aussi, partout, il y a des parties du tigre et du dragon. Aussi, la perfection implique la recherche de réunir la force du tigre et l’esprit du dragon.

Ainsi, au dragon, la pureté, l’intelligence, la vertus et la générosité. Il dispose de la faculté de se rendre immense ou invisible ainsi que de faire lumière et obscurité.

Le tigre, de son côté, est impur, cruel, vindicatif. Il est l’animal le plus méchant.

 

 

Sources bibliographiques :

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