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Gustave Doré et l’Enfer de Dante

Gustave Doré réinterprète l’Enfer de Dante avec des illustrations de monstres, démons et diable

 

Jeune homme ambitieux, Gustave Doré se lance à partir de l’âge de 23 ans dans l’illustration d’un livre célèbre : l’Enfer de Dante Alighieri, oeuvre majeure du XIVe siècle. Six ans plus tard, il publie chez Hachette en 1861 son livre illustré et laisse alors une oeuvre majeure : 75 gravures représentant l’enfer et les rencontres faites par Virgile et Dante.

 

Achevé en 1314, l’Enfer est la première partie de la Divine Comédie. Le livre raconte le voyage de Dante, dans les profondeurs de l’Enfer, suivant un guide, Virgile.

Sorte d’entonnoir, l’Enfer est organisé autour de neuf cercles qui s’enfoncent vers les profondeurs de la Terre. Les damnés condamnés pour les péchés les plus graves étaient enfouis très profondément, au plus près de Dite, là où le Diable tourmente les plus grands pécheurs : Judas qui a livré le Christ et Brutus et Cassius qui ont assassiné César.

 

Aussi, avançant progressivement pour descendre dans les ténèbres, Virgile et Dante rencontrent des monstres…

 

Les fauves, allégories des tentations de la vie terrestre

Ayant perdu son chemin, Dante se perd dans une forêt sombre et ténébreuse. Là, il tombe nez à nez sur une panthère et qui lui barrait la route. Dans le même temps, il voit apparaître un lion affamé, dressé au dessus de lui. A proximité, une louve, très maigre, s’était approchée. Face à ces fauves, seul un guide peut permettre de s’en sortir en recherchant sagesse : c’est Virgile qui entre en scène qui l’emmène vers l’Enfer pour mieux rejoindre ensuite le Paradis.

 

Ces fauves représentent des tentations qui dévorent l’Homme sur sa route : la luxure pour la panthère, l’ambition pour le lion, la cupidité pour la louve

 

Les monstres de la mythologie grecque

Les premières parties de l’Enfer s’inspire de celui décrit dans la mythologie grecque. Aussi, il n’est pas surprenant de retrouver des monstres de ces mythes. Toutefois, ils vivent désormais dans des cercles où les âmes pécheresses se retrouvent suivant la gravité de leurs péchés.

 

le premier cercle : les limbes pour les morts sans baptême et les poètes morts avant le Christ

On y arrive après avoir traversé l’Achéron, sur la barque conduite par Charron, longeant ce que les hommes du Moyen Age appelaient les limbes, formant le premier cercle, là où étaient recluses les âmes  n’ayant ni fait du mal ni du bien mais aussi celles des enfants morts sans baptême.

 

le second cercle : le supplice des luxurieux

Minos, roi légendaire de Crète, se trouve à l’entrée du second cercle. Il lui revient de juger la gravité des crimes : c’est lui qui envoie une âme pécheresse dans les profondeurs qu’elle mérite.

 

Le troisième cercle : les gourmands

Le chien à trois tête Cerbère garde l’entrée du troisième cercle : « Bête féroce et étrange [qui] aboie de ses trois gueules de chien sur la foule qui est là submergée. Il a les yeux rouge, la barbe grasse et noire, le ventre énorme et les mains crochues ; il déchire les esprits, les écorche et les écartèle. » Pour passer, Virgile lui lança de la terre qu’il se mit à mordre

 

Le quatrième cercle : l’avarice

Le quatrième cercle de l’Enfer est présidé par Pluton (ou Hadès) : Là sont reclus les pécheurs coupables d’avarice.

 

Le cinquième cercle : la Colère

Prés des colériques pas de monstre. Toutefois, l’ambiance reste celle de l’enfer des grecs : les reclus y vivent sur les bords du Styx, le fleuve noir.

 

Le sixième cercle : Les hérétiques

C’est dans le sixième cercle que résident les Furies : « Elles étaient ceintes d’hydres affreusement vertes ; elles avaient pour cheveux des serpents et des cérastes, qui se nouaient autour de leurs fronts humains ». « Celle qui est à gauche est Mégère, celle qui pleure à droite est Alecto ; Tisiphone est au milieu. » Voyant Dante et Virgile avancer, les Furies appelèrent la Méduse pour les empêcher d’avancer. En effet, si leurs yeux croisaient le regard de la gorgone, ils se seraient aussitôt changer en pierre.

 

Le septième cercle : les violents contre les hommes et Dieu.

Dans leur voyage, Virgile et Dante parviennent au septième cercle et y croisent le Minotaure et les Centaures. Le Minotaure, « ce monstre qui fut conçu dans la fausse vache »,  garde en effet cet espace dédié aux pécheurs violents et sanguinaires. A proximité, « rodaient les Centaures, armés de flèches, comme ils avaient coutume de chasser dans le monde. » : « C’est Nessus, qui mourut pour la belle Déjanire et se vengea lui même ; et celui du milieu qui regarde sa poitrine est le grand Chiron, qui nourrit Achille ; l’autre est Pholus, qui fut si plein de rage. »

Dans ce cercle, on retrouve également les Harpies : « Elles ont les ailes larges, le cou et le visage humain, des pieds armés de serres, le ventre énorme et couvert de plumes ; elles poussent des cris lamentables du haut des arbres étranges. » Celles vivaient en haut d' »arbres étranges » : des « voix sortaient de ces troncs. » Lorsque Dante coupa une petite branche, il entendit alors « Pourquoi me déchires tu ainsi ? N’as tu aucun sentiment de pitié ? Nous fûmes des hommes, et maintenant nous ne sommes plus que des troncs ; ta main devrait être moins cruelle, eussions nous été des âmes de serpents.  »

 

La transition vers le huitième cercle, celui des fraudeurs

Enfin, c’est au bout du septième cercle que Virgile et Dante rencontrent Géryion, le monstre de la fraude : « Voici le monstre à la queue acérée, qui perce les monts, brise les murailles et les armures ; voici celui qui infecte l’univers. » « Sa figure était celle d’un juste, tant son aspect était doux ; mais le reste de son corps était d’un serpent. Le monstre avait les bras velus jusqu’aux aisselles ; le dos, la poitrine et les flancs étaient peints de noeuds, et de ronds. Jamais les Tartares ni les Turcs n’ont croisé dans leurs draps des fils de tant de couleurs, jamais Arachné n’a tissu de si riche toiles. » »Sa queue entière se jouaient dans le vide et redressait sa fourche envenimée, dont la pointe était armée comme celle d’un scorpion ».

Installés sur le dos de Géryion, la fraude, Virgile et Dante poursuivent leur découverte de l’Enfer et quittent le 7e cercle.

Les serpents, qui cherchent à se confondre et consumer voleurs

Rien de surprenant de retrouver les serpents dans l’Enfer. Mais ceux ci sont très profonds : au fond du 8e cercle.

Ils prenaient en charge le supplice des voleurs : « A travers cette cruelle et affreuse foison de reptiles, couraient des âmes nues, épouvantées, sans espoir d’abri ou d’héliotrope. Elles avaient les mains liées derrière le dos avec des serpents qui enfonçaient dans leurs reins la tête et la queue, et qui se renouaient par devant. » »Et voici, qu’un serpent s’élança sur un pécheur qui se trouvait près de nous, et le perça là où le coup s’attache aux épaules. En moins de temps qu’on écrit un O ou un I, le damné s’enflamma, brûla, tomba réduit en cendre ; puis quand il fut détruit par terre, la cendre se rapprocha d’elle même, et redevint tout à coup la même ombre. »

En une sorte de fusion, les voleurs enveloppés par les serpents prenaient forme des reptiles : l’âme devenait alors serpent et rampait sur le sol.

Démons et le Diable pour tourmenter les plus graves des pécheurs, les fraudeurs

Les démons apparaissent à partir du 8e cercle : celui des fraudeurs !  Pas moins de 10 fosses composent ce cercle pour recueillir les séducteurs, les flatteurs, les prostituées, mais aussi les clercs faisant commerce de biens spirituels, les devins, les fripons, les hypocrites, les voleurs, les conseillers des fraudeurs, les alchimistes, les faux monnayeurs,

« Sur les deux bords des noirs rochers, je vis des démons cornus armés de grands fouets, qui battaient cruellement les damnés par derrière ». Les démons ressemblaient beaucoup au Diable : « Noir », « il était terrible dans son aspect, et qu’il me paraissait cruel dans son attitude, avec ses ailes ouvertes et pieds agiles !  »

 

Le Diable vit lui dans le 9e cercle, celui des traîtres. Il est installé au dessus d’un lac gelé où les damnés sont enfermés.

« Voilà Dité, voila le lieu, où il faut t’armer de courage. » « L’empereur du royaume des douleurs sortait de la glace jusqu’au milieu de la poitrine et je pourrais plutôt égaler la taille d’un géant, que les géants n’égaleraient un de ses bras. » « S’il fut aussi beau qu’il est hideux maintenant, et s’il ose lever le front contre son créateur, c’est bien de lui que doit procéder toute douleur. »

Il avait trois faces : « l’une devant, et celle là était rouge ; les deux autres venaient s’ajouter à la première, du milieu de chaque épaule, et se joignaient au dessus du front. La face droite paraissait d’une couleur entre le jaune et le blanc, et la gauche était telle qu’il en vient des bords du Nil. Au dessous de chacun de ces trois visages, sortaient deux grandes ailes proportionnées à un tel oiseau. » « Ces ailes étaient sans plumes, comme celles de la chauve souris, et, en les agitant il faisait naître trois vents qui glaçaient tout. »  » Il pleurait par six yeux, et les larmes, mêlées d’une bave sanglante, ruisselaient sur ces trois mentons. Chaque bouche broyait entre ses dents un pécheur comme un brisoir ; c’est ainsi qu’il en tourmentait trois. Pour celui de devant, les morsures n’étaient rien auprès des coups de griffes, et parfois, son échine restait entièrement dépouillée de sa peau. »

Les trois pécheurs en question étaient Judas, Brutus et Cassius, les traîtres par excellence.

Sources bibliographiques :

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